Esthétique & Cie

CATMAT (Déc.2012)

ECRIRE

éCRiRe...

Ecrire?

Faire Simple et original...
Mallarmé s'excusant d'un poème qu'il n'avait pas eu le temps de retravailler pour le rendre obscur.
Ecrire, comme un fil qu'on déroule dans le labyrinthe de son cerveau
Pour : quoi exactement?
Survivre au monde? Le changer?
Survivre à soi même?
Alléger son fardeau d'émotions, vider son être de ce qui l'empêche d'être, c'est à dire : d'écrire ?
Ecrire pour pouvoir écrire.
Faire face à la mort, à la disparition.
Ecrire pour extirper ce trop plein de tout ce monde maladif et des absences présentes ou à venir, pour accueillir les mots qui combleront ce vide que nulle  spiritualité ne sait combler en moi ; je n'y crois tout simplement pas. L'art s'élève au niveau d'un divin qui, lui, n'en fini pas de se caricaturer dans la tête des humains : combler son vide par le rapetissement de soi. Se ratatiner au point de lacérer son prochain.
Les mots et le fil de l'encre au bout du pinceau.
Aller vers le vide de l'autre. Ou vers son trop plein, au fond c'est tout comme.
Marcher sans courir.
Pose donc tes fesses un peu plus de 5 minutes en sachant que le flux autour de toi : images-infos-pub et musique de tube sont impuissants face au néant, face à soi même, ceux qu'on aime et l'espèce humaine.

Rester au bord de la route et regarder passer la vie moderne et sa logorrhée de consommation standardisée.
L'espace n'est plus public mais publicitaire, je me fabrique des oeillères pour circuler.
Le décérébrage collectif sciemment élaboré n'a pour seule vocation que l'annihilation des contestations ou autres révolutions  envers un système voué tout entier à la consommation sans fin au profit de quelques uns : Gloire, pouvoir et avoirs. Combler nos vides, encore et toujours.

La vie moderne, vie moderne, vie moderne...
Et pourtant s'y coltiner puisqu'on en est.
Je vais comme eux me réfugier dans ma maison-résidence-avec-jardin me mettre à l'abri du tumulte : le bruit, la fureur d'une grand ville qui cache son âme au creux des nuits et des ruelles populaires qui s'amenuisent. Seuls ceux qui dorment sur des cartons gardent un peu de réalité. C'est l'air qui annihile mes poumons trop vite brûlés et la densité de viande humaine se mouvant sans réelle existence aux heures d'agitation capitaliste qui m'éloigne; là où pourtant vibrent aussi les traces du tout vivant. Des mots vibrants, des toiles qui t'arrachent à l'instant, des regards qui arrêtent le temps.
Il y a aussi l'argent qui nous exilent toujours plus loin d'un centre qui n'est plus que de boutiques et d'affaires, ou presque. Des fringues en place de librairies ou de maisons d'édition, des banques pour les cinémas ou bistrots de quartier. 
Quoique des bistrots il en reste : tous sont agglutinés devant un poste télé, regarder des images s'effaçant les unes les autres pour mieux ne pas laisser trace. Ou bien les résultats continus des jeux à gratter, cocher, loteriser, courses-de-chevauriser. Personne ne refait plus le monde dans les cafés. Si parfois, le soir quand la télé s’allume sur canapé, d'autres se rassemblent pour discuter. Il y a même des soirées slam où en y a qui ne viennent pas que pour se faire valoir, partager ses écrits en humaine compagnie.
Ecrire ou faire écrire devient de plus en plus ma seule collaboration relationnelle à l'espèce humaine, hormis mes très proches. Le temps se fait rare et les banalités m'angoissent quand elles ne sont pas parties visible d'une amitié ou d'un amour fort.
Je ne peux plus assister à une réunion sans dessiner sous peine de partir en courant ou de me mettre a déblatérer des conneries pour combler mon ennui. Réunions qu'il me faut pour l'aspect logistique ou financier de certains projets. Je ne peux y couper, il y a pire.

Chaque soir pour m'endormir moi aussi je me raconte des histoires qui enlèveront de ma cervelle les circonvolutions citadines, relations mesquines, trop plein d'organisation, de création ou de tâches qui s'entremêlent et empêche se vide que j'appelle. Encore que. Qui aurait-il alors?

Ecrire n'est peut être qu'un divertissement comme un autre, cher Pascal, mais c'est un pari qui me réussit. Je n'en ai pas d'autre.

 


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